Category: Livres,Romans et littrature,Littrature russe
Nouvelles de st-petersbourg bab n790 Details
Voici une nouvelle traduction du plus célèbre livre de Gogol dans une version inédite en France : au lieu d'utiliser un texte mutilé par la censure du XIXe siècle, dont sont partis tous les précédents traducteurs, André Markowicz est revenu à la version proposée par l'édition académique de I'urss, le plus complet et le plus fiable. Ce volume reprend scrupuleusement l'ordre de présentation des récits tel qu'établi par Gogol lui-même dans l'édition de ses œuvres en 1842, et, aux nouvelles strictement dites "de Pétersbourg", a été ajoutée leur étonnante conclusion, "Rome", fragment de roman qui en renverse la perspective.
Reviews
Saint Ptersbourg est omniprsent dans l?imaginaire et la littrature russes, depuis que Pouchkine en fit une sorte d?apologie potique (dans le Cavalier d?airain), jusqu? ce qu?Andr Bily en fasse le cadre mortifre, absurde et dlirant de son clbre roman, Ptersbourg. Mais c?est Gogol qui, le premier, loin de clbrer la ville cre de toute pice dans une contre inhospitalire par Pierre le Grand qui voulait en faire une fentre sur l?Europe , mit en scne une ville o rgnent l?illusion et la folie. Car Ptersbourg n?est pas la ville de la modernit dont rvait Pierre, c?est au contraire la ville qui aline, punit et entraine la perdition de ceux qui croient pouvoir raliser leurs rves. Sans Gogol, il n?y aurait sans doute pas eu le Ptersbourg de Dostoevski qui pousse Raskolnikov tuer, ni celui de Bily, o un fils de Snateur, membre d?une faction terroriste, reoit l?ordre d?assassiner son propre pre (sur une histoire culturelle de Saint Ptersbourg, lire le livre passionnant de Solomon Volkov,Saint-Ptersbourg : Trois sicles de culture)Cinq nouvelles, extraordinaires, qui n?ont pas pour objet direct de faire une satire de la socit russe de son temps, mais d?exprimer plutt les tourments de la condition humaine, appartiennent traditionnellement au cycle des nouvelles ptersbourgeoises : La Perspective Nevski, Le portrait, Le manteau, Le nez, et Le journal (Les carnets, selon l?dition prsente) d?un fou. Elles sont toutes assez clbres pour avoir fait l?objet d?adaptation au cinma ou mme l?opra (Le nez de Shostakovich). Et elles ont toutes effectivement pour point commun de se drouler Saint Ptersbourg et de montrer des personnages en proie des illusions cres par l?atmosphre brumeuse et dltre de la ville construite sur des marcages au bord de la Nva, moins que ce ne soit le diable lui-mme qui soit l??uvre pour attirer ces petits personnages dans ses piges. Tantt c?est un jeune peintre qui tombe amoureux d?une trs belle jeune fille qu?il croise sur la fameuse Perspective et qui est en ralit une prostitue, tantt c?est un fonctionnaire qui se rveille un matin sans son nez et qui part sa poursuite travers la ville, tantt c?est un fonctionnaire misrable dont les sens se rveillent l?ide de s?acheter un nouveau manteau, ou encore un autre qui s?amourache de la fille inaccessible d?un haut personnage et sombre dans la folie, tantt c?est un jeune peintre encore qui cde au charme d?un art factice qui lui ouvre les portes de la haute socit et de la fortune.L?ensemble avec toujours une touche de fantastique, un fantastique du quotidien qui est engendr par la ville fantomatique et ses mirages (est-ce bien le fantme d?Akaki Akakievich qui vient se venger ou n?est-ce pas plutt les ?uvres du voleur de manteau qui continue d'accomplir ses forfaits ?) et qui cre des situations souvent humoristiques (mais on rit vert, avec Le Manteau ou Les carnets d?un fou), voire burlesques (Le nez, la deuxime partie de La Perspective Nevski), mais toujours tragiques.Les nouvelles de Ptersbourg, depuis leur parution en Russie dans les annes 1830 et 1840, ont fait en France, et partout dans le monde, l?objet de nombreuses ditions et traductions.George Nivat, dans sa prface l?dition Folio de 1979, rappelait que la premire traduction franaise en avait t faite par Louis Viardot qui ignorait le russe (avec l?aide nanmoins d?Ivan Tourguniev) !L?dition ici commente mrite de retenir l?attention deux titres. D?abord elle propose une nouvelle traduction. Pour apprcier en toute conscience la qualit d?une ?uvre littraire, il faut pouvoir faire confiance la traduction. Le premier mrite de celle-ci est de s?appuyer sur le texte original non amput par la censure l?poque o elles furent publies, comme l?indique la trs intressante postface. Le second mrite tient, semble-t-il, ce qu?elle essaie de se rapprocher au plus prs du style savoureux de Gogol. Les traducteurs antrieurs avaient souvent la mauvaise ide de lisser le style de l'crivain. On sait, mme si l?on ne connat pas le russe, que l'criture de Gogol n?avait pas la puret que les traductions franaises un peu anciennes laissent entrevoir : les paragraphes sont longs, le vocabulaire n?est pas toujours trs chti, il y a des rptitions ou des plonasmes (un exemple caractristique en est la formule de Moujik russe qui revient plusieurs fois). Et les phrases sont souvent longues elles aussi, ce qui permet au style souvent digressif (combien de figurants et de dtails apparaissent ainsi au dtour d?une phrase) de Gogol de s?panouir. Andr Markowicz semble avoir respect ces tournures si particulires (sur ce style lire le petit ouvrage que Vladimir Nabokov a consacr Nikolai Gogolou encore le chapitre insr dans ses fameusesLittratures).Par ailleurs, cette dition pour la premire fois en France, semble-t-il, reprend dans son intgralit le troisime volume des ?uvres de Gogol publi en 1842. Or on apprend alors d?une part que Gogol n?a jamais donn ce volume le titre de Nouvelles de Ptersbourg, qui n?est apparu que par la suite l?occasion d?autres ditions. D?autre part que ce volume contenait deux textes supplmentaires qui figurent dans l?ouvrage publi par Babel : La calche et Rome. Le premier est un texte assez court dont l?action se situe non pas Saint Ptersbourg, mais en Province. Le second est prsent comme le fragment d?une nouvelle incomplte et se passe en Italie, Rome. Et c?est elle qui achve le volume.Or il apparat que l?ordre des nouvelles tel qu?il se prsente ici respecte scrupuleusement le choix opr par Gogol en 1842, sans lien avec l?ordre d?criture ou de publication. Gogol avait l?habitude de dcouvrir la signification de ses ?uvres aprs les avoir crites et publies. C?est donc ainsi qu?il semble avoir dcouvert dans ces sept nouvelles une sorte de plan cach, une progression logique dont la postface de Jean-Philippe Jaccard tente de dvoiler le sens, de manire assez convaincante, mme si cela reste une simple explication aprs coup. Dans cet ordre, la nouvelle intitule Rome apparat comme l?pilogue du cycle qui figure la dlivrance de l?homme : la dlivrance n?est possible que par la fuite, loin de la ville de Pierre et loin de la Russie. Outre les considrations esthtiques, l?explication religieuse n?est pas loin. On sait que Gogol tait trs croyant et qu? la fin de sa vie la religiosit tait devenue une obsession pour lui, ce qui l?a conduit dtruire la suite non publie des Ames mortes, dont les fragments ayant chapp aux flammes, cependant, montrent que le roman avait pris une tournure trs diffrente (et trs dcevante) de celle de la premire partie. Avec Rome, on a un peu la mme impression : la saveur et l?originalit du style de Gogol sont effaces au profit d?une sorte de profession de foi pour la simplicit du peuple italien et la beaut divine de la ville ternelle.Il s?agit donc d?une dition trs intressante et trs russie, quelques rserves prs qui justifient que je ne mets que quatre toiles. D'abord, on aurait en effet souhait que le texte de Gogol soit accompagn de plus de notes pour prciser le sens de tel ou tel passage peu accessibles pour un non russe (tel jeu de mot sur les noms des personnages, telle rfrence littraire, etc.). Ensuite, il y a aussi, de manire trs surprenante, quelques coquilles qui maillent le texte : mots absents ou doubls (ce qui n?est en rien li au style de l?auteur), fautes de conjugaison ou d?orthographe. C?est un peu dommage de la part d?un diteur de cette qualit.En revanche, on ne peut dire combien d?toiles les nouvelles de Gogol mriteraient elles seules : cet ensemble est un chef d??uvre ternel.


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